Le témoignage de Guillaume*

"La joie était au rendez-vous"

 Bien que baptisé bébé, j’ai grandi dans un milieu non chrétien et sans la foi. Lorsque j’ai découvert mon attirance homosexuelle, je suivais le seul choix qui s’offrait alors à moi, celui de sortir avec d’autres hommes. Malgré quelques belles relations, je fis rapidement l’expérience que ces relations ne me comblaient pas vraiment. À 26 ans, suite à un événement douloureux, j’entrais dans une église sans trop comprendre pourquoi et sans trop savoir ce que j’allais y trouver. Et là, je fis une expérience très forte de la présence du Christ, qui m’invitait à me mettre à son service. La découverte du Christ s’accompagna aussi de celle de son Église. Je dévorais alors et la Bible, et le catéchisme de l’Église catholique, tout heureux et avide de mieux connaître Dieu et son Christ, de boire à la source. Qu’un tel Amour puisse exister me remplissait de joie !

Rapidement, je vis que plusieurs points de ma vie n’étaient pas ajustés par rapport à ce que Dieu voulait pour moi, et notamment le fait que j’étais en couple avec un autre homme. Le discours de l’Église sur l’homosexualité me semblait alors équilibré : à la fois ancré dans la vérité et dit avec une grande charité.  Le point central qui m’aida à réorienter ma vie fût la communion. Il m’était insupportable de ne pas communier, car ça aurait été comme me couper délibérément de Dieu dont j’avais si soif, et je compris que je ne pouvais pas communier n’importe comment. Je quittai donc mon ami, résolu à ajuster ma vie à la volonté de Dieu, et à vivre la continence comme me le demandait l’Église. Je savais que ce ne serait pas sans combats (ce n’était pas tant le renoncement aux actes sexuels que le célibat et la solitude qui me faisaient peur), mais je posai un acte de foi : Dieu ne m’abandonnerait pas.

Les années passèrent, je progressais dans ma vie chrétienne et en dépit de réelles avancées et de belles grâces, les combats contre la chasteté s’intensifiaient. Je ne comprenais pas pourquoi ça pouvait être si difficile. Après un évènement particulièrement douloureux, je décidai de parler de ma situation à une amie qui venait de lancer un groupe de soutien pour les personnes ayant une attirance homosexuelle – Courage – et elle me proposa de les rejoindre. Au début, je ne vis pas ce que ce groupe pourrait m’apporter, mais n’ayant rien à perdre, je décidai d’essayer.

Je rejoignis donc le groupe Courage. Nous étions quelques-uns et nous nous retrouvions régulièrement pour partager sur notre vie spirituelle et nos combats, et nous aider à grandir dans la sainteté et l’attachement au Christ. Un parcours était prévu durant l’été auquel nous étions tous invités et on me demanda de témoigner de ma conversion. Pour la première fois, je pus donner mon témoignage complet, en abordant le chapitre « homosexualité » de ma vie alors que, depuis ma conversion, je le taisais. Ce fût comme une libération. Enfin, j’assumais ce que je portais en moi devant mes frères et sœurs en Christ. Puis, au cours d’un enseignement, le prêtre nous invita à demander à Jésus de nous montrer son « amour passionné » pour nous. La réponse ne tarda pas. Le lendemain, je fus saisi d’une joie indescriptible. Joie d’être en vérité, joie d’avoir ma place dans l’Église avec mes blessures et non pas malgré elles, joie de voir que personne ne me jugeait, joie de croire que Dieu me donnerait une fécondité à travers ma blessure, joie de faire la volonté de Dieu. Oui le chemin était difficile, oui je vivais des renoncements parfois lourds à porter, mais Dieu à qui rien n’est impossible pouvait donner du sens à tout ça. Et la joie était au rendez-vous.

Depuis, je continue de cheminer au sein de Courage. Comme des alpinistes encordés, nous avançons ensemble vers le sommet, parfois dans la tempête mais nous nous appuyons alors les uns sur les autres. Les combats demeurent mais je fais le constat que je suis plus fort et que Dieu me conduit et me comble. La route n’est pas terminée mais une chose est sûre : malgré les difficultés, c’est une belle route que Dieu me fait prendre, et pour rien au monde je n’en voudrais une autre. Et la solitude ? Je fais le constat que Dieu a tenu sa promesse et ne m’a pas abandonné. Il m’a donné une famille et des frères pour que je ne souffre jamais de cette solitude qui me fait si peur. Plus que tout, il me remplit de sa présence. J’ai découvert l’amitié avec le Christ, chose impensable si j’étais resté dans ma situation antérieure. Elle est bien vraie cette parole que Benoît XVI a prononcé lors de la messe solennelle pour son intronisation :

« N’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. »

 

*Le nom a été changé