Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur le soin pastoral des personnes homosexuelles (CDF, 1986)


En 1986, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié une lettre à destination des évêques, sur le soin pastoral à apporter aux personnes ayant une attirance homosexuelle.

 

La lettre rejette fermement toute discrimination et acte malveillant envers les personnes homosexuelles. Elle insiste sur le respect qui leur est dû :

  • "Il faut fermement déplorer que les personnes homosexuelles aient été et soient encore l'objet d'expressions malveillantes et de gestes violents. Pareilles réactions, où qu'elles apparaissent, méritent la condamnation des pasteurs de l'Eglise. Elles manifestent un manque de respect pour les autres qui lèse les principes élémentaires sur lesquels se fonde une juste convivialité civile. La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée dans les paroles, dans les actions et dans les législations." (Lettre, n. 10)

Concernant les actes homosexuels, le document met en lumière le jugement négatif que porte la Bible sur les actes homosexuels, et le relie à la théologie de la création. Dieu, dans sa sagesse, a créé l’homme et la femme à son image, et on comprend que la complémentarité des sexes est le projet de Dieu sur la sexualité humaine. Les actes homosexuels sont alors présentés comme une conséquence du péché, qui obscurcit l’œuvre de Dieu. En parlant de la « signification nuptiale » du corps, le document nous fait comprendre que notre corps et notre sexualité ne sont pas des instruments au service de notre plaisir, mais sont à considérer selon le plan de Dieu lorsqu’il créa l’homme et la femme.

Sur la tendance homosexuelle – à distinguer de l’acte en lui-même – la lettre insiste sur le fait que la personne qui l’éprouve reste libre de céder ou pas à l’activité homosexuelle, et rejette tout fatalisme en la matière. La personne homosexuelle n’est pas considérée comme plus faible ou moins libre de ses actes. Le document souligne notamment que l’orientation sexuelle ne saurait définir une personne humaine :

  • "Créée à l'image et ressemblance de Dieu, la personne humaine ne peut trouver sa figure adéquate dans une réduction à sa seule orientation sexuelle. Tout être qui vit sur la face de la terre a ses problèmes et ses difficultés personnels, mais également des occasions de croissance, des ressources, des talents, des dons propres. L'Eglise offre le cadre, dont l'exigence se fait aujourd'hui fortement sentir, d'une pastorale de la personne humaine, lorsque précisément elle refuse de regarder celle-ci comme " hétérosexuelle " ou " homosexuelle " et souligne que chaque être humain a la même identité fondamentale en tant que créature et, par grâce, enfant de Dieu et héritier de la vie éternelle." (Lettre, n. 16)

 

Le document offre aussi de précieux conseils sur la façon dont une personne homosexuelle qui veut suivre le Christ peut vivre cette difficulté :

  • "Que doit faire dès lors une personne homosexuelle qui cherche à suivre le Seigneur ? Fondamentalement, ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, en unissant au sacrifice de la croix du Seigneur les souffrances et les difficultés qu'elles peuvent éprouver du fait de leur condition. Pour le croyant, la croix est un sacrifice fécond, puisque de cette mort surgissent la vie et la rédemption. Même si on peut prévoir la dérision dont sera l'objet chez certains pareille invitation à porter la croix et à comprendre de cette manière la souffrance du chrétien, il convient de se rappeler que telle est la voie du salut pour tous ceux qui suivent le Christ.
  • En réalité ce n'est là rien d'autre que l'enseignement de saint Paul quand, s'adressant aux Galates, il leur dit ce que l'Esprit produit dans la vie du fidèle : " amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi " et plus loin ajoute : " Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs " (Ga 5, 22. 24).
  • Néanmoins il est facile de mal comprendre cette invitation, en la considérant seulement comme un effort inutile de renoncement à soi. La croix est un renoncement à soi, mais dans l'abandon à la volonté de Dieu lui-même qui de la mort fait surgir la vie et rend ceux qui mettent en lui leur confiance, capables de pratiquer la vertu au lieu du vice.
  • Pour célébrer en vérité le Mystère Pascal, il est nécessaire de laisser celui-ci s'imprimer dans le tissu de la vie quotidienne. Refuser le sacrifice de sa propre volonté dans l'obéissance à la volonté du Seigneur, c'est en réalité faire obstacle au salut. De même que la Croix est au coeur de la manifestation de l'amour rédempteur de Dieu pour nous en Jésus, la façon dont des hommes et des femmes homosexuels se conforment au sacrifice du Seigneur par le renoncement à soi constituera pour eux une source de don de soi qui les sauvera d'une forme de vie risquant constamment de les détruire.
  • Les personnes homosexuelles sont appelées, comme tout chrétien, à vivre la chasteté. Si elles s'attachent assidûment à comprendre la nature de l'appel personnel de Dieu à leur égard, elles seront en état de célébrer plus fidèlement le sacrement de réconciliation et de recevoir la grâce du Seigneur qui y est généreusement offerte." (Lettre, n. 12)

 

Enfin, tout en appelant de ses vœux une pastorale adéquate pour les personnes homosexuelles, le document rappelle que tout groupe catholique qui voudrait accompagner les personnes homosexuelles doit être en parfait accord avec la doctrine de l’Eglise :

  • "La Congrégation encourage donc les Evêques à promouvoir, dans leur diocèse, une pastorale à l'égard des personnes homosexuelles qui concorde pleinement avec la doctrine de l'Eglise. Aucun programme pastoral authentique ne pourra inclure des organismes dans lesquels s'associent des personnes homosexuelles, sans que soit clairement affirmé le caractère immoral de l'activité homosexuelle. Une approche authentiquement pastorale se rendra compte de la nécessité pour les personnes homosexuelles d'éviter les occasions prochaines de péché.
  • Il faudrait encourager des programmes qui permettent d'éviter ces dangers. Mais il convient de bien faire comprendre que l'éloignement par rapport à l'enseignement de l'Eglise ou le silence à son sujet n'est, dans un effort de prise en charge pastorale, ni la marque d'un vrai sens de la responsabilité, ni celle d'un véritable ministère pastoral. Seul ce qui est vrai peut finalement être pastoral. Ne pas prendre en compte la position de l'Eglise, c'est priver des hommes et des femmes homosexuels de l'attention dont ils ont besoin et qu'ils méritent.
  • Un authentique programme pastoral aidera les personnes homosexuelles à tous les niveaux de leur vie spirituelle, par les sacrements, en particulier le recours fréquent et sincère au sacrement de la confession, par la prière, le témoignage, les conseils et la direction spirituelle individuelle. De cette manière, la communauté chrétienne tout entière en arrivera à découvrir qu'elle est appelée à venir en aide à ces frères et soeurs, sans les décevoir ni faire le vide autour d'eux." (Lettre, n.15)